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Passons sur ces considérations architecturales et revenons au dernier quart du vingtième siècle. Kentucket est une ville fantôme à côté de laquelle Thiers ressemble à Manhattan. De rues entières lovées dans la pénombre, fenêtres murées et chiens errants, sauvages, violents. Rien, il n’y a plus rien à l’exception d’un orphelinat et d’une soupe populaire, la plus grande de l’hémisphère nord. Bâtie sur les ruines du temple, elle domine la plaine des souffrances, nom étonnement prophétique. Ce n’est donc pas un hasard, si Patricia décide d’y déposer son paquet post-natal. Sans remords apparents, elle regagne son van et ordonne à Ivan de démarrer. Silence. Malaise. Patty le brise, le piétine en déclamant cette sentence ultime qui fera son succès : « Jesus died for somebody’s sins but not mine ». Direction le Country, Blue Grass & Blues pour un concert qui fera date. Le petit Jimmy quant à lui inonde son lange d’urine et de larmes.
Personne n’abordera jamais publiquement cette naissance. A une exception près, Iggy Pop. Il s’en inspira pour une de ses chansons co-écrite avec Bowie : Success.
C’est ce que l’on appelle une révélation, un scoop. Que d’informations en un peu plus de cinq mots. Je vous laisse le temps de digérer. Levez les yeux de ces lignes, allez boire un verre d’eau ou de gin. Faîtes attention de ne pas baver. Essuyez votre bouche. Bon je vais m’arrêter là pour aujourd’hui, je sens la confusion vous gagner.
(A suivre)
1975. La guerre du Vietnam se termine sur un pont de porte-avion. Franco expire. Bill Gates crée Microsoft. Le monde libre, moderne et libéral se remet difficilement du premier choc pétrolier en regardant les Barbabapapa. C’est dans ce contexte politico-économico-médiatique qu’une jeune femme d’une trentaine d’années dépose son nouveau né sur les marches d’un édifice centenaire. L’air de Kentucket est glacial. Les chances de survie de l’enfant sont extrêmement minces. Elle le sait mais sa carrière naissante ne peut en aucun cas être compromise par les râles pleureurs d’un chiard. Mais plus que ces considérations professionnelles, c’est la paternité de l’enfant que la dénommée Patricia n’assume pas. Mais ne nous hâtons pas. Nous avons tout notre temps. Le sujet de cette biographie est suffisamment important et complexe. Chaque détail a son importance. Le moindre pet interfère dans la formation émotionnelle, intellectuelle et artistique de notre personnage. Notre objet, comme notre ambition est claire, lever le voile sur le mystère Eleganz.
Démarrons tout d’abord par une analyse circonstanciée du site. Etrange bourgade que Kentucket. Elle voulu développer une activité portuaire tout en étant éloignée de 247 miles du moindre cours d’eau. Malgré les efforts des bourgmestres successifs, les docks restèrent désespérément déserts. Très vite, ces friches industrielles furent envahirent par une horde de marginaux inspirés par de la vie et des préceptes de Thoreau. Une émulation qui nous pourrions qualifié anachroniquement de beat, favorisa l’émergence d’une contre-culture décadente. Ah, oui, j’ai oublié de préciser. Nous sommes en 1857 soit un siècle avant Kerouac, Ginsberg et autres pseudo poètes qui passaient leur temps à fumer des pétards au lieu de travailler pour s’acheter une Pontiac. Mais je m’égare, revenons au dix-neuvième siècle. Géographiquement enclavé, Kentucket le fut aussi par l’ostracisme organisé par l’administration du Landbuck. Mal vécu au départ, ce rejet la protégea de la guerre de sécession et favorisa le développement d’une architecture radicale basée sur une ossature béton qui inspira fortement mais discrètement Auguste Perret.
(A suivre)